Rebeca Gimeno

Sur la table, « beaucoup de données et d’analyses », pour peser le mouvement. L’augmentation convenue a été adoptée pour « renforcer les progrès » de la politique monétaire. Dix augmentations d’affilée depuis la première en juillet 2022. Un médicament qui agit beaucoup plus rapidement que lors d’autres épisodes, reconnaît la BCE. Normal, car le prix officiel de l’argent n’a jamais autant augmenté en si peu de temps. C’est pourquoi il n’est pas surprenant que des signes apparaissent comme la baisse de la monnaie en circulation, jusqu’ici réservée aux périodes de récession.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, estime que le débat portera désormais sur la durée pendant laquelle les taux d’intérêt resteront à ces niveaux élevés. Ils sont les plus élevés depuis 2001. Ils sont ensuite restés dans cette zone pendant environ un an. La chute, une fois amorcée, fut assez rapide. Mais il est difficile de savoir si ces schémas du passé s’appliqueront à l’épisode actuel.

La BCE ne veut pas se laisser entraîner dans cette affaire. Alors non, personne n’a assuré que ce serait la dernière. « Je ne peux pas dire que c’est le sommet», a répondu Christine Lagarde.

Si ce n’est pas la fin du chemin – cette hausse des taux a toujours été considérée comme une sorte de voyage – c’est très similaire. Comme?

Si les prévisions sur l’évolution des prix se maintiennent, la BCE estime que les taux ont atteint un niveau qui, «maintenue pendant une période suffisamment longue », contribuera à ramener l’inflation à 2 %.

Quand est-ce que cela devrait se produire ?

L’IPC de la zone euro devrait tomber à 2 % d’ici fin 2025.

Mais pourquoi les taux ont-ils encore augmenté ?

Car, selon l’analyse de la BCE, l’inflation va rester « très élevée pendant trop longtemps ». Les perspectives se sont un peu détériorées par rapport à il y a quelques mois en raison du secteur de l’énergie, a expliqué Lagarde.

Tout le monde est d’accord ?

Non. La décision est prise entre tous les gouverneurs des banques centrales des pays de la zone euro. Certains étaient favorables à une pause pour voir comment évoluent les augmentations précédentes. On ne dit jamais qui sont les dissidents. Lagarde a précisé qu’il n’y avait pas eu de débat « antagoniste » et qu’une « solide majorité » était en faveur d’une nouvelle augmentation.

Que va-t-il arriver à l’Euribor ?

Cela restera cher et le restera pendant un certain temps. Cela touche les familles et les entreprises endettées et celles qui souhaitent demander de nouveaux financements. Ces mouvements affectent également la dette publique émise par les États : cela les oblige à payer davantage. En revanche, la rémunération de l’épargne devrait augmenter encore davantage, a rappelé le président de la BCE. Dans certains pays, comme l’Espagne, ce transfert est quelque peu retardé.

Savez-vous déjà quand la BCE baissera ses taux ?

Non. De plus, le mot « abaisser » ou « réduire » n’a même pas été évoqué lors de la réunion. La BCE est encore loin de ce moment.

Comment les marchés ont-ils réagi ?

Voici des indices sur ce que les investisseurs pensent de la dernière décision. Certains indicateurs suggéraient que la BCE avait peut-être commis une erreur. La nouvelle hausse des taux affaiblit encore davantage la faible croissance de la zone euro et met en péril l’hypothèse selon laquelle tout ce cauchemar d’inflation et de politique monétaire restrictive peut se terminer sans entrer en récession.

Certains experts ont souligné la baisse du prix de l’euro après la publication de la décision de la banque. La logique est que si les taux d’intérêt payés par une monnaie augmentent, celle-ci se réévaluera par rapport aux autres. Mais il n’en a pas été ainsi. La baisse de l’euro pourrait être liée à une prévision d’une croissance plus faible et donc à un euro plus faible.

Voyons, demain, ces mêmes investisseurs pourraient penser exactement le contraire et évoluer dans la direction opposée. Ce qui se passe aujourd’hui ne constitue pas une évaluation définitive.

Le mot n’a pas été prononcé non plus, mais Lagarde a parlé de notre entrée dans une période de croissance « très, très lente ». La prévision officielle est désormais que le PIB de la zone euro progressera de 0,7% cette année, contre 0,9% prévu il y a trois mois. Oui, il y a des pays pour lesquels une récession est prévue. L’économie allemande chutera de -0,5% en 2023, selon les dernières prévisions de la Commission européenne.